LISSAC VERS 1950
Texte de M. René Bru, instituteur à Lissac de 1941 à 1955
(1947)
Situation
Lorsque le voyageur sortant de Saverdun dans la direction de Toulouse abandonne la route nationale pour suivre à gauche la route de Caujac, il longe une série de coteaux dont les uns, premiers contreforts des Pyrénées, vont en s’inclinant insensiblement jusqu’à la vallée de Calers et dont les autres, séparant la vallée de l’Ariège de celle de la Lèze, se prolongent par une pente plus douce au delà de Lagardelle jusqu’à la Garonne. A six kilomètres de Saverdun, ce voyageur rencontre un village qui porte le nom de Lissac.
De l’entrée du village et jusqu’après le village voisin, la route s’enfonce sous une épaisse touffe de verdure due à de gros platanes qui procurent à la fois pittoresque et fraîcheur dans les chaudes journées d’été.
Située au sud-ouest de la France et au nord-ouest du département de l’Ariège, la commune a les caractéristiques suivantes : d’une altitude de 218 mètres, elle fait partie de l’arrondissement de Pamiers et est séparée de cette sous-préfecture par une distance de 21 kilomètres. Comprise dans le canton de Saverdun dont elle est distante de 6 km, elle se trouve aussi dans la région naturelle de l’Agarnaguès. Elle se trouve approximativement à 1 degré 15 de longitude à l’ouest du méridien de Paris et approximativement aussi à 43 degrés de latitude au nord de l’équateur.
Comparée à la superficie de la France qui est de 551 000 kilomètres carrés et à celle du département de l’Ariège qui est 490 275 hectares, la surface de la commune de Lissac est de 367 ha 40 a 62 ca.
Cette superficie se compose d’une plaine fertile qui se prolonge dans le département de la Haute-Garonne et des coteaux dont il a été parlé précédemment et sur lesquels était bâti autrefois le moulin à vent.
Parcourue dans sa largeur par la route de Saverdun à Caujac, la commune de Lissac est limitée au nord par la commune de Cintegabelle, à l’ouest par celle de St-Quirc, au sud par celle de Gaillac-Toulza et à l’est par celle de Labatut.
Le village groupé au pied de la colline et touchant à la route semble s’être concentré en ce point pour diverses raisons : les points d’eau sont nombreux et les puits assez faciles à creuser, la proximité de la route, de l’église, des terres les plus fertiles, ont aussi eu leur influence, à tel point que les métairies écartées sont peu nombreuses. Ce sont : Bontemps, dans la plaine ; Prim, Miquelot et Porteteny sur le plateau d’où le regard embrasse une vaste plaine s’étendant depuis Mazères jusqu’au delà de Miremont et limitée à l’horizon par la ligne des coteaux du Lauragais.
Climat
Des observations qui ont été faites ont montré que l’été il y avait de fortes chaleurs, les nuits elles-mêmes étant très chaudes et sans la moindre fraîcheur tandis que les températures d’hiver étaient basses et rigoureuses surtout les jours où le vent souffle. Au mois de janvier, le thermomètre descend fréquemment au dessous de zéro degré mais dès qu’un rayon de soleil paraît – et s’il ne fait pas de vent – cette température s’adoucit.
Les gelées sont assez nombreuses dans la région. En hiver elles débutent fin novembre, parfois plus tôt, mais à ce moment-là toutes les récoltes sont ramassées ; au printemps, par contre, il arrive qu’il gèle assez tard et alors les vignes et les arbres fruitiers souffrent énormément.
Les vents de la région sont de deux sortes mais ce sont tous deux des vents violents : le vent d’autan qui souffle surtout en été et au début de l’automne tandis que le vent d’ouest souffle surtout en hiver et au printemps.
Le vent d’ouest dont il vient d’être question, appelé simplement vent, est assez violent et souffle d’une manière continue. Le plus souvent il pousse d’énormes masses de nuages et apporte la pluie. Il lui arrive de souffler par temps clair et sec, c’est alors un vent léger et agréable.
Le vent d’est appelé vent d’autan souffle surtout en été. Il est sec, chaud, violent et souffle habituellement en rafales irrégulières qui abîment les récoltes et dépriment à la fois bêtes et gens. Au printemps, ce vent est redouté des cultivateurs car en peu de temps il sèche les fleurs des haricots si par malheur ils sont fleuris lorsqu’il souffle.
Ce n’est pas ici le pays de la neige qui tombe seulement trois ou quatre fois par an, en petite quantité, et qui fond très vite soit sous l’action du soleil et de la pluie soit sous l’action du vent d’autan.
L’hiver laissé à part, les pluies tombent surtout au printemps et les mois de janvier et de février comptent habituellement de nombreux jours de pluie.
En automne également nous trouvons de nombreux jours de pluie et il arrive que la persistance de celle-ci retarde les travaux agricoles (labours et semailles), la terre étant trop détrempée pour être travaillée.
Les pluies de printemps et d’été ont une influence bienfaisante sur les récoltes surtout si elles ont lieu après plusieurs jours de fortes chaleurs. On peut voir alors les récoltes (maïs, haricots, prairies) pousser avec une vigueur accrue.
Les orages sont peu nombreux et dans ces sept dernières années on ne peut pas dire qu’il y en ait eu un seul de sérieux. Lorsque l’un de ceux-ci se produit, c’est surtout en été et la grêle ravage alors toutes les récoltes. Ces orages viennent de l’ouest et, à leur approche au village voisin (St-Quirc), on fait sonner les cloches pour essayer de disperser les nuages dévastateurs.
La sécheresse commence normalement vers le mois de juin. A ce moment, le ruisseau qui traverse le village voit rapidement décroître son volume d’eau et finit par « être à sec ». Il restera dans cet état pendant tout l’été et ne recommencera à couler qu’aux pluies d’automne.
Les puits eux-mêmes se ressentent de cette sécheresse et ces dernières années plusieurs ont été complètement taris. On a bien essayé de les approfondir mais l’eau n’était pas plus abondante. Cela créait donc un véritable problème aussi bien pour les animaux que pour les humains qui ne pouvaient en disposer à volonté pour leurs usages les plus importants. L’arrosage des jardins était donc impossible.
Si l’année est normale, les travaux agricoles (puisque notre région est surtout agricole) commencent à peu près aux dates ci-après :
- les labours dès le mois d’août et se poursuivent jusqu’au printemps,
- les semailles se font fin octobre, commencement novembre,
- la fenaison se fait fin juin et la moisson au commencement de juillet.
Enfin, les vendanges ont lieu fin septembre.
Sol
Les éléments qui constituent le sol de cette belle plaine sont très variables. En général, la plaine est formée d’alluvions très riches tandis que les terres qui touchent à la commune de Gaillac-Toulza (tout à fait en haut du plateau qui termine les coteaux dont il a été parlé plus haut) sont pour ainsi dire stériles : ce sont les terres à bruyères.
Le terrefort ou terre argilo-calcaire est une terre que nous trouvons en plaine, en bordure de la voie ferrée. Ces terres sont très riches (terres à blé, à maïs). Par temps sec, elles gardent la fraîcheur et permettent aux cultures de ne pas trop souffrir ; au contraire, par temps humide et pluvieux, ces terres étant imperméables, leur culture est difficile et les plantes souffrent de l’excès d’eau. Lorsque la pluie persiste trop, ce terrefort donne des terres collantes qui, travaillées à ce moment-là, deviennent aussi dures que la pierre.
Les boulbènes sont des terres argilo-siliceuses. Ce sont des terres à haricots. Ces terres se trouvent en général le long du coteau et sur le plateau, au dessus du moulin. Lorsqu’il pleut, ces terres ont l’avantage d’être très perméables, mais par temps sec elles sont vite desséchées et les cultures se ressentent de cet état. Cependant, il paraît que lorsque ces boulbènes sont très détrempées, elles sont longues à sécher, il est très difficile d’y pénétrer et par suite les travaux sont retardés.
Juste au-dessus du moulin, dès le commencement du plateau, se trouvent des terres caillouteuses qui sont par excellence les terres de la vigne.
Avant de terminer, notons que la classification précitée n’est pas absolue et que fréquemment boulbène et terrefort (ou s’approchant) sont mêlés les uns aux autres.
Pour clôturer, disons que si les terres de la commune sont riches, il y a cependant quelques points moins bons producteurs comme le Pradas et le Parouly.
L’eau
L’eau est dans notre région d’une importance capitale. C’est donc comme nous l’avons dit précédemment un véritable problème lorsque la sécheresse dure assez longtemps.
Pas de sources ou presque. Toute l’eau utilisée provient des puits. Ceux-ci, privés et communaux, sont assez profonds (12 mètres environ) à l’exception du puits dit fontaine St Anne où, en période normale, l’eau n’est qu’à 2,5 ou 3 mètres de la surface de la terre. Ces puits ne sont pas très difficiles à forer mais vu leur profondeur ils coûtent cependant assez cher (60 à 80 000 actuellement en 1947). La nappe d’eau n’est pas constante puisque en 1947 presque tous les puits étaient taris. Ils ne donnaient de l’eau (même St Anne) qu’après un long moment où personne n’en avait puisé.
Exception doit être faite du puits du château qui n’a jamais varié malgré les grandes quantités d’eau utilisées pour l’arrosage du jardin, les lessives et l’abreuvage du bétail. Ceci laisse supposer que la nappe d’eau qui alimente cette pompe est particulière à ce puits.
Signalons qu’il avait été question de mettre l’eau dans le village en utilisant l’eau de St Anne mais ce projet a dû être abandonné, le débit de ce puits étant trop faible pour la consommation et les divers usages auxquels on emploie l’eau.
Au moment de la plus grande pénurie il avait été envisagé d’aller chercher de l’eau à l’Ariège. Cette eau aurait été utilisée pour le bétail et aurait ainsi permis aux puits du village de faire une petite réserve.
Le cours d’eau local prend sa source au-dessus de Porteteny. C’est un ruisseau ayant peu d’eau et étant complètement tari pendant la plus grande partie de l’année. Au printemps, ce cours d’eau augmente considérablement et il lui arrive de passer sur la route quand le dessous du pont est un peu obstrué.
Nous avons encore la Jade et Laure qui traversent la commune. Ce dernier pour ainsi dire inexistant n’a de l’eau qu’en temps de pluie. La Jade roule assez d’eau mais depuis quelques années, comme le ruisseau du village, elle s’assèche en été. Cet assèchement vient assez tard et l’eau coule à nouveau assez tôt ce qui fait que ce ruisseau est le plus important des trois.
Cette Jade charrie des matériaux et tous les ans de nombreux habitants du village sortent de son lit des quantités de sable et de gravier assez importantes. Tous les ans aussi il faut nettoyer ce cours d’eau pour éviter les inondations qui ne manqueraient pas de se produire au printemps.
Enfin terminons en signalant que la commune possède (propriété privée appartenant au château) une mare de 19 ares 83 ca.
La végétation
La végétation diffère complètement suivant que nous considérons la plaine, le plateau ou les coteaux.
La superficie totale des bois est importante, 1/10 environ de la superficie totale de la commune, exactement 35 ha 77 a 17ca. Ces bois sont situés – tous ou à peu près – sur les coteaux et principalement des deux côtés du ruisseau de Lissac. Ils appartiennent partie à la communauté et partie aux habitants de la commune. La part de la commune est plantée d’acacias. Tous les dix ans environ, on pratique une coupe et les habitants se partagent le bois ainsi obtenu. Ces acacias sont très utiles. Pas très gros, ils servent à faire des piquets pour les vignes et comme se sont des tiges droites et relativement longues ils sont aussi utilisés à divers usages. Après la coupe, des souches partent des rejets qui seront à leur tour coupés lorsqu’ils seront assez gros. La commune possède encore des peupliers mais ils sont peu nombreux. Les bois des habitants sont surtout des bois de chênes, car c’est là le bois de chauffage par excellence.
On avait essayé de planter des pins mais le sol peu profond ne permit pas aux racines de s’enfoncer suffisamment à tel point que le vent les déracina assez rapidement et cette essence a été abandonnée.
La superficie forestière est à quelques centiares près toujours la même. Cela vient de ce que les lieux boisés sont les moins bons de la commune ou ceux qui se trouvent vraiment trop loin pour que leurs propriétaires puissent les cultiver.
Les haies vives sont peu nombreuses et celles qui existent sont très vieilles. Elles sont situées le long des chemins ou au bord des ruisseaux et ne sont pas entretenues. De temps en temps le cantonnier ou les propriétaires du fonds touchant à ces haies les taillent et du bois ainsi obtenu font des fagots peu recherchés.
Au bord des chemins et sur les talus on trouve bien quelques arbres mais peu cependant. Ce sont , en général, des cerisiers, des marronniers, des cognassiers ou des chênes. A signaler une belle allée de mûriers et plusieurs de ces arbres dans les environs. Cette essence vient très bien mais les arbres précités ne sont pas entretenus. Dernièrement encore, les feuilles de ces mûriers ont servi à l’élevage du ver à soie.
Au dessus de Miquelot, une vaste étendue (29 ha 15 a 54 ca) est recouverte de bruyères et de genêts. C’est de la bruyère très haute que les habitants emploient pour allumer le feu, pour faire des palissades et même fermer des hangars.
Les cultures
241 ha 63 a de terres labourables, 25 ha 55a de prairies et 26 ha 39 a de vignes, soit un total de 293 ha 57 a sur les 367 ha que compte la commune classent celle-ci dans les pays agricoles. Autrefois – d’après les statistiques agricoles qui ont pu être retrouvées – certaines cultures, aujourd’hui disparues avaient assez d’importance.
Le lin a été cultivé jusqu’aux environs de 1880. Il a occupé une surface de 2 à 3 ha pour descendre à 1 ha quelque temps avant sa disparition. La raison de cette disparition c’est, sans doute, que ce produit n’était pas très rémunérateur et que le rendement n’était pas très élevé.
Le méteil, dont nous trouvons trace en 1875, semble avoir complètement disparu, les petites quantités ensemencées tous les ans étant insignifiantes. En effet, les agriculteurs préfèrent à ce mélange blé-seigle le mélange blé-avoine.
L’orge, jusqu’en 1887, occupait 3 à 4 ha. A partir de cette date, il disparaît pendant plus de trente ans et ne reparaît qu’en 1916. En 1937 il est à nouveau abandonné et nous retrouvons mention de sa culture en 1942.
La culture des pois (secs) qui a été essayée en 1882 ne doit pas avoir donnée de bons résultats puisque nous n’en trouvons plus mention par la suite.
Enfin, comme nous le verrons dans les pages qui suivent, si certaines cultures ont perdu du terrain (blé, maïs, pommes de terre) d’autres, au contraire, ont pris une grande extension (haricots, tabac).
Le blé recule sans cesse depuis 1875 ; de 100 ha à cette époque, il est descendu à 60 ha en 1935 pour gagner un sensible terrain pendant les années de guerre. Il est vrai que pendant cette période les impositions ont obligé les cultivateurs à reprendre et à intensifier cette culture que les paysans abandonnaient parce qu’ils ne la trouvaient pas assez rémunératrice. Les rendements sont pourtant assez élevés puisqu’ils varient de 14 à 25 qx à l’hectare et que le poids de l’hectolitre se maintient aux environs de 76 kg. Depuis 1947, des essais sont effectués pour découvrir la variété de blé qui convient le mieux à la région.
Le maïs est une céréale qui occupe une grande place dans notre commune. Si en 1892 la superficie ensemencée était de 55 ha, elle oscille encore aux environs de 35 ha. Les rendements sont élevés surtout s’il pleut au printemps.
Les haricots ont pris une extension considérable. De 10 ha en 1882, leur culture est passée à 27 ha en 1931, à 20 en 1940 et a augmentée sensiblement pendant ces années de crise. C’est le légume du pays qui a une grande renommée. Tous les ans, de nombreux sacs de ce légume partent hors du département.
La vigne, très prospère jusqu’en 1884 (60 hectares), a vu sa superficie diminuer énormément et descendre à 9 ha en 1895 et 1896 pour remonter ensuite et être actuellement aux environs de 14 ha. Le rendement est assez bon (mises à part les années de 1886 à 1895 où le rendement a oscillé entre 1 et 3), il est habituellement de l’ordre de 15 à 20 hl à l’hectare.
Le vignoble est presque entièrement sur le plateau et le coteau. Les plans sont surtout des plans greffés mais actuellement ceux-ci sont délaissés et remplacés par du plan direct. La taille employée est très simple. Elle consiste à ramener la végétation toujours le plus près de la souche. On taille par conséquent au dessus de deux yeux et on laisse une flèche lorsque le cep est vigoureux. Le vin obtenu est du vin rouge de 8° à 9,5° en général qui sert à la consommation familiale, peu de propriétaires en vendant.
Les cultures maraîchères sont inexistantes dans le village. Chaque famille possède un jardin, les cultivateurs sèment des pois dans les champs, mais la récolte est uniquement destinée aux besoins familiaux, à l’exclusion de toute vente.
Depuis 1939, la culture du tabac a lieu dans la commune. Dès le début, les agriculteurs ont planté le terrain nécessaire (10 ares) pour bénéficier d’une carte de tabac supplémentaire mais, par la suite, le tabac étant devenu libre, ils ont cependant continué cette culture qui est très rémunératrice malgré le travail qu’elle demande. Le tabac est cultivé dans la plaine, dans les bonnes terres qu’il appauvrit très rapidement.
Les arbres fruitiers que nous trouvons dans notre commune sont à peu près tous de la même nature. Les pommiers très rares, presque inexistants, ne donnent que de très maigres résultats, des résultats insignifiants peut-on dire. Les poiriers sont un peu plus nombreux mais ce sont les pruniers, les cerisiers et les figuiers que l’on trouve un peu partout, qui sont très nombreux et très vigoureux. Signalons que l’hiver de 1946 a vu geler tous les figuiers (ainsi d’ailleurs que quelques autres essences dont les lauriers). La plupart cependant sont repartis au pied tandis que d’autres conservaient leurs branches maîtresses.
Les soins prodigués aux arbres fruitiers sont peu nombreux. La taille est très peu pratiquée, la lutte contre les chenilles et les insectes n’a pour ainsi dire pas lieu et les seuls traitements appliqués se résument en définitive dans l’élagage, parfois le chaulage du tronc et l’apport de fumier au pied de l’arbre.
Les prairies ont toujours à peu près la même étendue. Nous devons cependant remarquer que si jusqu’en 1911 le sainfoin avait une grande importance et la luzerne une importance moindre (9 ha contre 25 pour le sainfoin), depuis cette date c’est l’inverse qui a lieu puisque nous relevons pour 1940 : luzerne 40 ha et sainfoin 8 ha.
Les prairies naturelles sont peu nombreuses dans la commune et celles qui y sont ne reçoivent qu’un peu de fumier.
Le système agricole
La jachère étant l’état d’une terre labourable qu’on laisse reposer pour qu’elle puisse se charger des sucs nécessaires à la production, nous pouvons dire que dans notre commune ces terres n’existent pas. S’il y en a ce n’est que dans les exploitations très importantes.
Les petites exploitations, par un assolement pratiqué depuis très longtemps et bien adapté à la région, complété par l’apport d’engrais convenables, ont fait disparaître les jachères. En général, dans les assolements on fait suivre les plantes sarclées des plantes salissantes et des légumineuses et on a :
1°/ blé
2°/ maïs
3°/ haricots.
La 4° année, on recommence.
Dans les exploitations un peu plus importantes, on applique encore l’assolement :
1°/ pommes de terre ou betteraves
2°/ orge, avoine
3°/ trèfle, luzerne, vesce
4°/ blé ou seigle.
Economie agricole
Sauf deux ou trois grandes exploitations, c’est la moyenne et petite propriété qui domine dans notre commune, ce qui explique le mode direct d’exploitation. Il y a bien des exploitations en métayage mais, le plus souvent, ce mode de faire valoir est dû à l’âge élevé des propriétaires qui ne peuvent plus cultiver leur bien. Les propriétés sont très morcelées et il n’est pas rare de voir le même propriétaire posséder des champs aux quatre coins de la commune et surtout dans les communes avoisinantes de Labatut, St Quirc et Cintegabelle.
La main d’œuvre agricole est surtout constituée par les exploitants eux-mêmes, les quelques journaliers nécessaires se recrutant dans le village (compte tenu des étrangers dont nous parlerons plus loin). En général, ces travailleurs perçoivent surtout un paiement en nature. Ceux qui vont sarcler les haricots ou le maïs sont rétribués au moyen d’un prélèvement variable qui s’opère sur les récoltes recueillies dans les champs ; on leur attribue, en outre, une parcelle de terrain pour y faire du maïs ou des tardivaux. Toutes ces récoltes sont leur propriété exclusive. Pour les travaux de moisson et de dépiquaison, ils touchent une certaine quantité de grains.
L’outillage agricole se modifie assez rapidement : si les batteuses à vapeur au nombre de deux en 1927 ont disparu devant les entreprises de battage munies d’appareils modernes, par contre, depuis 1935, 12 moissonneuses-lieuses ont fait leur apparition et, depuis l’an dernier, trois tracteurs ont été achetés par les agriculteurs. Naturellement, ceci entraîne l’apparition du nouveau matériel agricole.
Naturellement, les animaux sont toujours employés à la culture, surtout à cause du prix élevé de l’essence. Les bœufs sont les plus nombreux car ils paraissent plus patients et plus forts que les vaches et que les chevaux sont trop chers.
Les animaux
Si nous considérons le tableau ci-contre, nous devons tout d’abord constater que la quantité d’animaux de chaque race a considérablement varié depuis 1878 à l’exception des bœufs dont le nombre paraît rester stationnaire.
Les moutons, très nombreux jusqu’en 1890, voient leur nombre décroître rapidement pour tomber à zéro dès 1918. De nos jours, aucun mouton n’existe plus dans la commune ; cela semble venir du fait que pour avoir des moutons il faut affecter une personne au moins à leur élevage. Les familles d’exploitant n’étant pas nombreuses, et chaque personne étant nécessaire à la culture de la terre, le troupeau ovin a été abandonné. Naturellement, en hiver, on ne reçoit pas de moutons étrangers.
Les bovins, voilà les animaux dont l’élevage est très développé. Nous trouvons dans ce domaine tout ce que nous pouvons demander : bœufs de travail, vaches laitières, bêtes à engraisser.
Les bœufs sont surtout employés au travail, ceux qui sont vendus à la boucherie étant généralement des bêtes ne pouvant plus rendre aucun service et que l’on engraisse alors pendant quelque temps. La race qui domine est la race gasconne, race forte et bien adaptée au travail de la région.
Depuis 1927, le nombre de vaches ne cesse d’augmenter mais le fait important à remarquer c’est que, depuis quelques années, les races exploitées tout à la fois pour le travail et la production du lait tendent à être abandonnées et remplacées par des races uniquement productrices de lait.
Si l’on trouve encore quelques gasconnes ce sont surtout les vaches suisses et bretonnes qui dominent et tendent à détrôner la première nommée.
La production est surtout axée de manière à obtenir bœufs de travail et production laitière. La production de la viande n’est que secondaire, aussi ne vend-on à la boucherie que les jeunes mâles et les bêtes que la vieillesse atteindrait bientôt.
En été, les bovins se nourrissent presque seuls ; on leur donne un peu de vesces ou de foin rouge et on les met au pâturage où ils vont ramasser leur nourriture.
En hiver, ces bêtes reçoivent du foin et de la paille (surtout celle d’avoine mise de côté au moment du dépiquage et parfois même mise à l’abri). Aux vaches laitières, on donne encore quelques navets et quelques betteraves souvent saupoudrées de son. A cette époque, les animaux vivent à l’étable et ne sortent que pour aller boire qu’après avoir pris leurs repas.
Jusqu’en 1938, les chevaux étaient assez nombreux ; actuellement, leur nombre réduit tend cependant à s’accroître insensiblement. Le fait caractéristique à mentionner c’est que, tandis que jusqu’en 1938 presque chaque propriétaire avait son cheval, aujourd’hui les cinq animaux de cette race sont partagés entre deux exploitations. Notons que le prix seul empêche le troupeau chevalin de s’accroître car, de tous les jeunes (poulains ou pouliches), aucun n’est vendu mais tous sont réservés à l’exploitation.
Pas de mulets et pas d’ânes.
Les volailles sont nombreuses et variées.
Les poules sont les plus nombreuses et dans de nombreuses exploitations la vente des œufs constitue une branche importante des revenus. Cependant, il ne faudrait pas croire que les agriculteurs s’occupent spécialement de leur basse-cour. La plupart n’attachent qu’une médiocre importance à leur basse-cour et ne font rien ou font peu de choses pour tirer réellement parti de leurs volailles.
Chaque ferme possède une grande quantité de poules auxquelles, matin et soir, on lance un peu de grain. Toute la journée, les poules elles-mêmes pourvoient à leur nourriture dans les champs et sur le fumier. Dans plusieurs métairies, j’ai pu constater que les poules pondaient un peu partout sans lieu bien fixe.
Il n’y a pour ainsi dire pas de race pure mais des croisements. Nous trouvons surtout ce que nous pourrions appeler la race commune, ou poule noire, pas très grosse mais assez bonne pondeuse ; des variétés où nous trouvons la race wyandotte, très bonne pondeuse, et dans certaines métairies des variétés à prédominance sussex. Ajoutons que pendant une grande partie de l’année les volailles trouvent facilement leur nourriture sur les aires de battage et à proximité de celles-ci.
Les oies sont élevées en vue de la consommation familiale. Naturellement, chaque exploitant en a quelques unes de plus qu’il vendra lorsqu’elles seront grasses et fin prêtes. Les prés et les chaumes étant assez nombreux autour des exploitations, l’élevage de ce bétail est assez facile et rapporte de l’argent.
Ce sont sûrement les canards qui viennent avant les oies par leur nombre. Rustiques et résistants, ils s’accommodent facilement à la ferme. Comme chacune possède un puits et que ces bêtes ont de l’eau, leur élevage ne donne pas trop de travail dès qu’ils commencent à manger du grain.
Les plus nombreux sont les canards communs. Après eux, les canards mulards sont les plus recherchés car, lorsqu’ils sont gras, on estime que deux de ceux-ci valent une oie.
Les canards musqués, assez peu nombreux, sont élevés par ceux qui veulent les faire servir à remplacer les poulets.
Mentionnons encore l’élevage, mais en plus petit, du dindon et des pintades.
Enfin, chaque exploitation possède des pigeons et il n’est pas rare d’en voir de nombreux vols dans les champs où ils causent parfois des dégâts aux semis.
Elevé avec des herbes, le lapin est dans chaque maison. Malheureusement, il n’est pas rare d’apprendre que la maladie sévit au clapier de X ou Y et alors tous les lapins meurent rapidement.
Puisque nous parlons de maladie, signalons que ces dernières années une épidémie a sévi sur la région. Agissant avec rapidité, sans remède pour l’enrayer, elle a causé de vrais ravages. Chaque jour, on apprenait que l’un ou l’autre avait enterré une dizaine de poules ou une dizaine d’oies. Certaines exploitations ont mis en terre plus de cent têtes. Malgré la désinfection, cette épidémie se fait encore sentir de temps en temps. La poule est abattue, la crête noircit et c’est la mort. Le tout a duré de 24 à 48 heures.
Les porcs ont toujours eu une place importante dans l’élevage. Elevés pour les besoins familiaux et pour la vente, leur nombre a toujours été élevé. Pendant l’occupation, tandis que les matières grasses faisaient complètement défaut, c’est le porc qui produisait le plus de lard qui était l’objet de soins attentifs. Aujourd’hui, celui-ci est délaissé et remplacé par le porc moins gras, ayant plus de chair et estimé des charcutiers.
Porcs de Cazères et porcs Anglais voisinent donc actuellement. Dans les grandes exploitations, l’élevage du porc est très simple. On garde une truie ou deux ; dès que les petits peuvent sortir, on les met dehors dans les prairies artificielles et, au printemps, parfois même dans les champs de blé en herbe. Un peu de farine mêlée à un seau d’eau en les rentrant et les bêtes sont soignées. Plus tard, on donnera aux porcs de pleins paniers d’épis de maïs (ils mangent très bien cette céréale ainsi) et de l’eau pour se désaltérer. Puis vient le moment où il faut les engraisser ; farine mélangée à l’eau, son, aliment complet, maïs concassé et en grains seront donnés alors à profusion. Les porcs qui étaient maigres vont alors augmenter de poids à vue d’œil et en peu de temps seront bons à la vente.
Dans les petites exploitations, un peu plus de soin est apporté à l’élevage du porc mais le maïs est toujours la base même de l’élevage de cet animal.
Etat économique
Ressources industrielles inexistantes ; autrefois, il y avait deux briqueteries : une existe encore mais les fours sont complètement démolis. On fabriquait les briques qui servaient à bâtir les immeubles et les tuiles avec lesquelles on recouvrait ces bâtiments. La terre était prise dans la plaine où on peut encore voir les énormes trous qui ont étés creusés. Puis une briqueterie s’est construite près de Saverdun et celles de Lissac ont abandonné leur fabrication.
Le lin ayant été cultivé jusqu’en 1881, à ce moment-là on notait la présence de 3 tisserands, mais ceux-ci ont disparu presque en même temps que la culture du lin.
Pour notre petit village, les artisans sont assez nombreux. Ils assurent les travaux les plus courants de la vie agricole, travaillent aussi bien pour les gens du village que pour les habitants des villages voisins. Une assez grosse entreprise de maçonnerie et plâtrerie va travailler assez loin et utilise pour cela 2 camions et de nombreux ouvriers. Pour les artisans qui n’existent plus dans le village (charron, bourrelier), les lissacois ont recours à ceux de Saverdun ou de Cintegabelle.
Presque tous les artisans actuels sont fixés dans le village depuis très longtemps. Ils se succèdent de père en fils et modifient très peu leur outillage et leur technique. Jusqu’à ces derniers temps, ils pratiquaient seuls leur métier mais, depuis 1945, beaucoup prennent des apprentis, indice montrant l’augmentation de leurs travaux.
Les commerçants du village sont peu nombreux. Ce sont surtout des épiciers qui vendent les produits les plus courants de l’alimentation. C’est hors du village, au chef-lieu de canton, que l’on va se procurer les chaussures, les vêtements, les articles de cuisine, etc…. Pas de boucher, ni de charcutier. Le boulanger est au village voisin de St Quirc. Deux fois par semaine (mercredi et samedi), il porte le pain dans le village. Les autres jours de la semaine, il faut se rendre à St Quirc si l’on a besoin de pain.
Comme les artisans, les commerçants sont fixés depuis longtemps dans le village, aussi leur mentalité et leur manière de vivre ne diffèrent-elles pas sensiblement de celles des autres habitants du village.
Nous pouvons dire que si les artisans et commerçants ne sont pas plus nombreux, cela est compréhensible du fait de la position de notre village. Village de plaine aux communications faciles, à la belle route où l’on circule facilement en vélo, Lissac est entouré de villes et villages où ses habitants peuvent facilement aller s’approvisionner.
Les ressources agricoles ont déjà été étudiées, il nous reste donc à voir ce qu’elles deviennent. Le blé est livré soit à la coopérative, soit aux négociants de Saverdun qui eux-mêmes le livrent aux minoteries de Saverdun ou de Cintegabelle.
La coopérative agricole groupe plusieurs communes (Lissac, Canté, Labatut, St Quirc, Justiniac, Esplas, Brie) et est assez importante à tel point qu’elle a acheté un camion pour effectuer elle-même ses transports. Elle a aussi acheté un gros concasseur avec lequel elle transforme en farine orge, maïs, avoine, etc… de ses adhérents.
Cette coopérative agricole fournit aux agriculteurs de nos villages blés et pommes de terre de semence, engrais, chaux agricole, soufre et sulfate. Ces derniers temps, elle s’était mise à vendre vêtements et chaussures provenant des surplus américains. Enfin, notons que président et secrétaire de la coopérative résident dans notre commune où une belle maison, achetée au nom de la coopérative, va être mise à la disposition de ses membres.
Le lait est livré à la laiterie de Saverdun. Chaque matin, de bonne heure, le ramasseur passe dans le village et porte ensuite à la laiterie le produit de sa collecte.
Les haricots sont livrés aux négociants de Saverdun ou, très souvent aussi, vendus à des négociants de l’Aude et des Pyrénées Orientales.
Lapins, volailles, œufs sont portés aux foires et aux marchés de Saverdun et de Auterive ou livrés aux revendeurs qui passent dans le village.
Foin, paille, avoine sont enlevés par des vignerons de l’Aude qui viennent chercher ces denrées sur place.
Ni marchés, ni foires dans notre commune. Les habitants se rendent donc aux foires de Saverdun (2° et 4° vendredis de chaque mois) ou de Auterive et de Pamiers. Aux unes et aux autres, ils achètent ce qu’ils ont besoin et vendent certains de leurs surplus.
Les jours de foire à Saverdun, plusieurs services d’autobus relient nos villages au chef-lieu de canton. Le premier passe dans notre village à 8 h et le deuxième vers 9 h ¼. Vers une heure, le premier autobus rapporte ceux qui veulent rentrer chez eux et, à son retour à Saverdun, emporte les retardataires et ceux qui n’avaient pas de grandes commissions à faire. Enfin, vers 4 heures, alors que la foire est terminée, le car revient rapportant tous ceux qu’il avait emportés et qui ne sont pas encore rentrés.
Un autre car venant de Gaillac-Toulza (mais lui ne fait qu’un voyage) passe aussi dans notre village et prend les voyageurs qui veulent bien monter.
A ce moyen de transport, ajoutons les bicyclettes, les voitures automobiles et hippomobiles.
Les foires à Auterive sont moins fréquentées par la suite du manque de moyens de locomotion. En effet, à cette foire, ne vont que ceux qui possèdent un moyen de transport, aucun car n’assurant le trajet.
Tous les samedis, à 8 h, un autobus va à Pamiers ; il en revient le soir vers 5 h, aussi est-il très fréquenté, surtout par les épiciers qui ont là un moyen pratique d’aller chercher les produits nécessaires à leur commerce.
Chaque matin, à 7 h 30, un autobus va à Toulouse et rentre le soir à 7 h. Depuis quelques semaines, le samedi à 13 h, un deuxième autobus assure la liaison avec la ville rose. Enfin, le dimanche soir à 19 h, un autobus va à Toulouse et en revient vers minuit, une heure du matin.
Le simple énoncé des divers services de cars suffit à démontrer que l’influence de Toulouse est très marquée dans notre région. Affaires courantes, ouvriers se rendant à leur travail, citadins rentrant chez eux remplissent chaque jour le car qui est et reste pour notre région le mode de transport le plus pratique.
La gare la plus proche est celle de Saverdun mais, hélas, entre Saverdun et Lissac (6 km), aucun moyen de locomotion. Ce qui explique la popularité et l’importance des autobus.
La vie rurale
La vie rurale ne subit pas de grandes modifications au cours des différentes saisons. Chacune d’elles voit en effet les cultivateurs au travail avec une pointe de maximum durant les mois de mars et avril (époque des semailles de printemps et aussi époque où il faut finir les labours en retard), et le vrai maximum pendant les mois de juillet, août et septembre. Pendant ces mois-là, moissons, labours, vendanges occupent les cultivateurs pendant de nombreuses heures de la journée et l’on a même besoin de faire appel à la main d’œuvre saisonnière.
Les repas restent à peu près les mêmes tout au long de l’année, sauf pour ceux qui vont travailler au loin et pendant les mois de gros travaux. A ce moment-là, les familles adoptent le système suivant : de très bonne heure, un morceau de saucisson ou de jambon et un peu de café ; vers 10 h, repas copieux (déjeuner), soupe, puis on part au travail emportant avec soi un morceau de pain, de saucisson ou quelques œufs que l’on mangera vers une heure en prenant cinq minutes de repos. Le soir, vers cinq heures, rentrée du travail et dîner (pommes de terre, haricots). Après dîner, travaux dans des lieux peu éloignés de la maison.
Les repas sont ici préparés avec beaucoup de graisse ce qui explique que dans beaucoup de fermes on tue deux ou trois porcs et une vingtaine de canards ou douze oies sinon plus. Celui qui n’y est pas habitué est vite écoeuré par la cuisine de certaines maisons. Soupe de choux, haricots et pommes de terre sont la base même de l’alimentation. Le dimanche, le clapier ou la basse-cour fournissent la viande nécessaire à laquelle cependant est ajouté le bouilli acheté chez le boucher. Comme boisson, le vin produit sur l’exploitation suffit généralement aux besoins et cependant la consommation est assez élevée.
Dans ce village, on sent un clan bien marqué, c’est comme nous le dirons plus loin celui formé par les étrangers (près du quart de la population totale). Les étrangers s’entraident spontanément dans leurs travaux et se passent volontiers du concours des indigènes.
Ce n’est que le samedi soir et le dimanche que le café ouvre ses portes. Aussi, ces jours-là, le café est-il le lieu de réunion. Il y a 3 ans, un foyer rural a été créé pour instruire les jeunes et créer entre eux des liens de camaraderie. Au début, des pièces de théâtre ont été étudiées et jouées même dans les villages voisins. Actuellement, ce foyer est en sommeil car quelques uns ont préféré le faire dévier pour le transformer en équipe de football.
Beaucoup de moments de l’année sont marqués par des fêtes. Le jour de l’an ouvre une période qui se terminera au Carnaval et pendant laquelle tous les dimanches il y aura bal dans la remise appartenant au café. Le jour de Carnaval, les jeunes, pour clôturer cette période de réjouissances, feront un dîner avec les produits qu’ils auront ramassés lors de leur passage dans les maisons.
La fête locale est la St Jean (24 juin) qui se fête ce jour-là si c’est un dimanche où le dimanche suivant le 24 si ce jour-là est un jour de semaine. Rien de particulier à signaler.
L’habitat
Comme dit plus haut, plusieurs raisons semblent s’être unies pour que notre village se bâtisse là où il est actuellement. En plus des raisons énumérées, nous pouvons ajouter la commodité de création de toutes les routes qui aboutissent aux villes et villages voisins, le morcellement du sol qui, ici comme ailleurs, entraîne le groupement des habitations puisque on ne peut les mettre au milieu des terres.
Les maisons sont alignées presque toutes du même côté de la route rectiligne qui traverse le village. Elles sont situées dans la section B du plan cadastral.
Beaucoup de ces maisons sont très vieilles à tel point que certaines d’entre elles sont tombées et qu’au fur et à mesure du dépeuplement, d’autres ont été complètement abandonnées ou transformées et sont employées à tout autre usage (granges, débarras, hangar, etc…) que celui d’habitation.
La maison varie suivant le but pour lequel elle a été construite. Au point de vue agricole, le type de maison possédant les caractéristiques communes au plus grand nombre des maisons de cette espèce est la maison-cour (si nous pouvons l’appeler ainsi). Dans ce type, tous les éléments sont réunis autour d’une cour qui sert habituellement d’aire de battage.
Tous les matériaux employés sont conformes aux habitudes locales. De tous temps, briques et tuiles (existence autrefois de briqueteries) ont servi à la construction des maisons et à leur couverture. L’existence des briqueteries et surtout le manque de grosses pierres indiquent un peu les raisons de l’emploi de ces matières premières. Suivant la place occupée dans le village, les maisons ont leur façade tournée franchement vers le nord où vers l’est. Peu regardent le midi ou l’ouest. Les fenêtres sont assez grandes et fermées par des contrevents. Le toit est peu incliné, ce qui donne des greniers très vastes.
Dans beaucoup d’exploitations, l’étable est au même niveau que la cuisine. On pénètre de l’une dans l’autre par une porte ou, si la communication est fermée, une porte extérieure pas très éloignée de celle la cuisine en permet facilement l’accès. Le fourrage mis au dessus de l’étable permet de soigner facilement le bétail.
La maison d’habitation a des pièces peu nombreuses comme nous le dirons tout à l’heure. Hangar, volière, porcherie sont distincts, disposés en ligne sur un seul côté de la cour ou occupant 2 ou 3 côtés de cette cour.
Le logis proprement dit est peu important par rapport aux autre bâtiments. Dans quelques exploitations, on trouve encore la cuisine faisant office de chambre à coucher. La famille se réunit et vit dans la cuisine. Très peu nombreuses sont les maisons possédant une salle à manger. Au rez-de-chaussée se trouvent encore très souvent une chambre à coucher ou deux, le chai et une pièce ou l’on enfermera les volailles tant qu’elles sont petites (à défaut de cette pièce, la cuisine est toute indiquée). Au dessus de ce rez-de-chaussée, le grenier vaste et spacieux pour mettre le grain, suspendre le tabac, etc… Près de l’exploitation, un puits.
L’ameublement est quelconque et s’il n’est pas très ancien, il est cependant vieux. Beaucoup préfèrent se priver du nécessaire et de l’utile afin de laisser toute commodité pour l’élevage. Dans certaines exploitations même il est pénible d’entrer dans la cuisine. Le seuil franchi, ce ne sont que poulets et canards qui se promènent et une odeur particulière règne dans ce logis.
Le foyer est constitué par une cheminée où brûle du bois. Ces dernières années toutefois beaucoup de ménages ont acheté cuisinières et butagaz (une quinzaine de ces derniers appareils sont actuellement en usage dans le village).
Si l’habitat ne subit pas de grandes modifications, les demeures toutefois subissent quelques réparations. Malheureusement les tas de fumier, dans le village, à proximité des maisons sont encore bien nombreux.
Les habitants
Les habitants ne diffèrent pas de leurs voisins au point de vue physique et s’ils parlent un peu de patois, le français est cependant la langue employée le plus couramment.
La santé publique n’est pas des plus florissantes. Dans notre village et les villages voisins, la fièvre typhoïde sévit assez fréquemment. Il est à se demander si l’eau de puits n’est pas responsable de cet état de fait. Le plus grave est sûrement la tuberculose. Beaucoup de personnes en sont plus ou moins atteintes et si 3 au moins suivent assez régulièrement les soins du dispensaire de Pamiers, beaucoup d’autres auraient besoin d’en faire autant. Le cancer est aussi assez répandu et plusieurs des personnes mortes depuis quelques années en étaient atteintes. Comme les habitants ne sont pas très communicatifs et que chacun reste pour ainsi dire « chez soi », bien souvent ces maladies restent ignorées.
Au dernier recensement de 1946, la population s’élevait à 181 habitants ce qui donne approximativement 50 habitants au kilomètre carré.
A ce moment-là, le nombre des vieillards (plus de 70 ans) était le 1/8 de la population totale et le nombre des jeunes jusqu’à 10 ans le 1/9 seulement (20).
Depuis 1905, les décès l’emportent régulièrement sur les naissances. Depuis l’an dernier, le nombre des naissances tend à se relever sensiblement.
Malgré cela, la population tend à décroître continuellement. Si les nombres ne varient pas sensiblement c’est que des étrangers viennent s’installer continuellement dans la commune. De zéro qu’ils étaient en 1926, ils sont passés aujourd’hui à (…) italiens, (…) espagnols, 1 andorran. La dépopulation à pour causes :
1/ Le nombre des naissances nettement inférieur à celui des décès.
2/ Les jeunes quittent le village pour aller à la ville soit avant, soit au moment de leur mariage. Allant le plus souvent à Toulouse (nous avons vu les commodités qu’il y avait pour se rendre dans cette ville), ils peuvent venir se ravitailler chez eux et trouvent ainsi a bénéficier des avantages de la ville et de ceux de la campagne.
Pour terminer, disons que le village tend cependant à subir quelques modifications. L’électricité qui existait depuis déjà longtemps s’est vu adjoindre en 1948 le courant force. La place publique a été goudronnée aussi en 1948 et, actuellement, il est de nouveau grandement question de former un syndicat intercommunal pour l’installation de l’eau que l’on irait prendre à l’Ariège.

